L’hygiène féminine ; la vulve n’a pas à gagner de concours de beauté

01 dcembre 2018

Beaucoup de femmes vivent de l’inconfort de façon quotidienne au niveau de la vulve. Il s’agit rarement de la raison primaire qui amène les femmes à consulter en rééducation périnéale et pelvienne, mais cela en incommode plus d’une et aggrave dans bien des situations le problème primaire. En effet, la région vulvaire est dotée d’une peau à caractère sensible. Cela la rend donc plus vulnérable à plusieurs produits et habitudes personnelles. Parce que vos habitudes d’habillement et d’hygiène ainsi que les produits utilisés peuvent amplifier certaines dysfonctions de votre plancher pelvien, voyons-y ensemble !

Allons-y en grand par l’hygiène de la région. S’il-vous-plait, n’utilisez pas de douches vaginales, ce n’est pas nécessaire car le vagin est « autonettoyant » (nous reviendrons sur cette affirmation un peu plus bas). Non seulement ce n’est pas nécessaire mais c’est même délétère. Les produits qu’elles peuvent renfermer sont susceptibles d’irriter la muqueuse du vagin. Et même celles qui disent n’utiliser que l’eau de la douchette ; le vagin n’est pas fait pour accueillir en grande pompe de l’eau ! (Qui se désaltère de cette façon ?!) Cela risque de modifier le pH (équilibre entre acidité et alcalinité). Mais de l’eau, ç’a un Ph neutre, non ? Vrai (en général…) ! Mais le vagin, lui, n’a pas un Ph neutre de 7… D’où le déséquilibre.

Seule la vulve a besoin de se faire nettoyer (par vulve, j’entends l’ensemble des organes génitaux externes). Et même là, les soins sont minimes. En fait, de l’eau et les doigts feront très bien l’affaire… (Je vois déjà la bouche en « O » chez plusieurs lectrices). Mais pensez-y, on garde cette petite région du corps à l’abri du monde extérieur en la couvrant de nombreuses couches… Elle n’est donc pas soumise aux mêmes conditions que les mains qui sondent et explorent notre environnement et rencontre de multiples virus, bactéries, champignons, etc. Par une hygiène excessive, on la « décape » de sa cire protectrice, un sébum qui est produit par des glandes de la région. Ce sébum couvre la région et la protège de principalement deux choses: l’assèchement (personne n’aime avoir une vulve sèche et qui pique) et la friction (grandes lèvres sur petites lèvres, mais aussi cuisses/vêtements sur vulve) surtout rencontrée pendant la marche.

Si vous tenez absolument à utiliser un savon, utilisez-le qu’un jour sur deux. Pour éviter que la vulve ne reste trop longtemps en contact avec le savon, appliquez celui-ci dans la région de la vulve seulement à la toute fin du bain ou de la douche et n’appliquez pas directement le savon sur la vulve (utilisez plutôt les doigts pour appliquer le savon). N’appliquez pas de savon entre les petites lèvres. Cette région est une muqueuse (tout comme l’intérieur du vagin) autonettoyante. Et n’utilisez pas n’importe quel savon ; il faut opter pour un savon doux à appliquer avec les doigts (on est plus délicat avec nos doigts qu’avec la grosse barre de savon ou la débarbouillette ou houppette qui « gratte » la peau). Comme dit plus haut, la peau de la vulve est sensible. De bons exemples de savons sont « Dove peau sensible » ou « Spectroderm ». On en trouve aussi de très bon et doux dans la gamme plus « naturel ». Dans ce sens, évitez que le shampoing (fort, « décapant » et parfumé) n’entre en contact avec la vulve. Rincez donc vos cheveux avec la tête penchée de côté (plutôt qu’en avant ou en arrière ou l’eau de rinçage et la mousse risque de rentrer plus facilement en contact avec la vulve). Suite à ces explications, vous comprendrez qu’il est préférable d’éviter les savons parfumés et colorés… les bains moussants, sels de bains, déodorants féminins, alouette !

La peau a tendance à se dessécher plus rapidement lorsqu’en contact avec de l’eau trop chaude. Votre vulve ne doit pas sortir du bain ou de la douche rouge-homard. Évitez de vous faire bouillir ! Et pour sécher ? On tapote, mesdames ! Pas besoin d’un sablage à la serviette ! L’exfoliation ? Non-non pour la vulve !

Si le vagin, pour rester en bonne santé, se doit de conserver son humidité, la vulve, elle, déteste la moiteur ! Alors retirez vite votre maillot de bain mouillé ou vos vêtements de sports humides. Et évitez de faire suffoquer votre vulve sous les bas collants pleine longueur (suis-je la seule à sortir de là les culottes trempées ?) ou les vêtements synthétiques. La pression excessive peut aussi être source de désagrément pour la vulve. Ainsi, il peut être déconseiller de porter des pantalons trop serrés à la fourche ou des sous-vêtements de type « string » ou « tanga ». Le choix de sous-vêtement à privilégier demeure la classique culotte en coton blanc ou beige. Plate, me direz-vous ? Ce qui est encore plus plate, c’est une fourche irritée. Et n’hésitez pas à laisser respirer au maximum. Une bonne façon ? Ne pas porter de sous-vêtement sous le pyjama. Traitez aux petits oignons vos parties intimes et elles ne s’offusqueront probablement pas d’un petit « string » pour certaines occasions …

Maintenant, non seulement le choix du type de vêtement que vous portez mais aussi comment vous entretenez les dit-vêtements peuvent agresser votre vulve. C’est que vous les lavez, vos vêtements. Du moins je l’espère. Or, les produits de lessive peuvent contenir des substances moins bien tolérées par la région. Si votre peau est sensible, optez pour un détergent à lessive sans parfum et sans colorant. Évitez d’utiliser de l’eau de javel (ça décape !) et les assouplisseurs textiles (si les tissus sont si doux et sentent si bon, c’est qu’il reste un résidu qui enveloppe les fibres… résidu pouvant être considéré comme un ennemi par votre région génitale). On pense donc aux sous-vêtements, mais aussi aux serviettes de bain, aux bas de pyjama, au costume de bain, alouette !

Et maintenant mesdames, à bas le port du protège-dessous au quotidien. Ouin, mais j’ai beaucoup de sécrétions vaginales, je n’ai pas le choix de porter un protège-dessus. En vérité, je vous le dit, ce que je vois beaucoup en clinique, c’est que l’utilisation quotidienne de protège-dessus augmente la production de sécrétions vaginales. C’est un cercle vicieux. Le vagin est magnifiquement bien composé car autonettoyant (qui a envie d’aller récurer ses recoins ?) et le signe que l’autonettoyant a été parti, c’est ces fameuses sécrétions. Or, plus le vagin se considère à risque d’être contaminé ou sali (on étouffe ici sous le pantalon, le sous-vêtement et le protège-slip, non ? Ça sent le renfermé !), plus il part son système autonettoyant. Or, en plus de le priver d’aération, le protège-dessous est souvent composé/bourré de produits chimiques (vous croyez que le petit tissu grésillé/voile à la surface est fait de fibres naturelles ?) et l’industrie ose en rajouter pour le look (non mais, as-t-on vraiment besoin de contour bleu/mauve autour du protège-slip ? À moins d’être mal-voyant …). C’est inutile et délétère pour la santé de la vulve et du vagin de les mettre en contact avec des colorants et parfums. Et le vagin le ressent. Il augmente la fréquence des cycles de lavages. Et vous mouillez plus votre protège-slip et donc vous le changez plus souvent… Et ben, quel beau cercle vicieux !

Vous savez quel était la fonction du sous-vêtement au départ ? Lors de sa création ? Récupérer les sécrétions vaginales. Avant son apparition, c’était le jupon qui jouait ce rôle (vive l’aération !). Mais vint la mode des jupes droites/pantalons et il fallut trouver une alternative au jupon. Et de nos jours ? On veut le garder tout propre ! On a dénaturé la raison d’être du sous-vêtement !

Pour celles à la vulve sensible, les mêmes principes sont à appliquer pour le choix des protections menstruelles ; c’est-à-dire le plus naturel possible, sans parfum et sans colorant. Dans cette catégorie assez facile à retrouver sur le marché, on a pour le tampon o.b. sans chlore, colorant ou parfum et dans la serviette sanitaire, incognito. Dans le plus respectueux de l’environnement, Natracare. On peut aussi avoir recours à la coupe menstruelle (la plus facile à se procurer au Québec étant Diva Cup car offerte par les détaillants) ou les serviettes hygiéniques lavables (offertes par de nombreuses compagnies d’artisanes québécoises) ou encore la culotte de menstruation (Mme L’Ovary ou Thinx). Il s’agit ici d’une liste peu exhaustive, si le sujet vous intéresse, faites vos recherches !

Peut-être voyez-vous un « pattern » se dessiner. On évite les produits chimiques, les parfums et les colorants sur la vulve ! Tout y passe. Le papier toilette non coloré, non parfumé et globalement, non recyclé. Le mode de recyclage privilégié par bien des compagnies car moins couteux et moins compliqué, c’est d’utiliser du chlore pour blanchir le papier recyclé… Pas tellement vulve-friendly. Si vous voulez hydrater votre peau, choisissez sans colorant/parfum et évitez les lotions. Elles contiennent plus d’alcool (ça donne l’impression qu’elles sont absorbées plus vite par la peau que les crèmes, mais c’est plutôt parce qu’elles « s’évaporent ».) Les crèmes sont un meilleur choix.

Les mêmes recommandations sont à appliquer pour le « dedans » aka le vagin. Les tampons ont été couverts plus haut. Poursuivons donc avec les lubrifiants. Ah, les lubrifiants. Un marché lucratif où l’offre abonde. Elle abonde surtout en produits potentiellement agresseur pour le vagin. Les parabènes ont eu leur lot de lynchages. Mais le propylène glycol aussi devrait être sous la ligne de mire. Mais qu’est-ce que le propylène glycol, me direz-vous. Un agent de conservation qui, pour les industries, a l’avantage d’être peu couteux. Mais pour la consommatrice ? Vient avec un effet secondaire plutôt fâcheux pour certaines, celui de promouvoir l’inflammation. Promouvoir l’inflammation dans cette zone fragile qui s’apprête à vivre de la friction ? Je trouve ça ordinaire. Un bon nombre de lubrifiant peuvent aussi débalancer le pH vaginal, un trampoline pour les infections vaginales. Et là, parlons-en des infections vaginales. Comment traitons-nous le tout ? Avec des ovules vaginaux ou crèmes à appliquer dans le vagin qui contiennent bien souvent le même fichu agent de conservation. Alors vagin sensible, s’abstenir ! Mieux vaut être avertie et choisir le traitement oral. Si, si, il existe un traitement oral antifongique que le pharmacien garde derrière le comptoir, suffit de demander ! La prévention demeure tout de même le premier choix. Aussi, si aucun accessoire en latex est utilisé lors de la relation sexuelle (ex : aucun condom), l’huile constitue un excellent choix de lubrifiant. Si aucune allergie n’est présente, l’huile de noix de coco ou l’huile d’amande douce sont de belles alternatives. Par définition, une huile n’a pas de pH, elle ne risque pas d’interférer avec la flore vaginale et diminue les risques d’infection vaginale.

Et si nous parlions maintenant de son apparence ? Car beaucoup de femmes font ponctuellement un peu (ou beaucoup !) d’entretien de la pilosité vulvaire pour éviter le look « broussaille ». Mais avant de tailler à grands coups de hache, j’aimerais mentionner que les poils pubiens ont une utilité. En effet, ils vont modestement limiter la friction directe sur la vulve. Ainsi, le sous-vêtement frictionne sur les poils (qui forment un petit coussin protecteur) et évite à la peau une partie du frottement. Ça reste un effet modeste. Cela étant dit, en tailler un peu (plutôt que de drastiquement tout enlever) peut faire une différence. Cependant, là où je veux en venir, c’est que c’est la façon d’éliminer les dit poils qui peut faire vivre le plus de désagréments. On parlait un peu plus tôt de ne pas trop frotter / laver la vulve pour ne pas la « décaper » de son sébum, sorte de cire protectrice. Ben, imaginer ce que fait l’épilation… Avec les pois partent aussi ce sébum ainsi qu’une partie des cellules du dessus de la peau. Et le rasage ? Même chose. La solution ? Taillez les poils aux ciseaux ou utiliser un petit appareil pour trimer et vous conserverez le sébum ainsi qu’une petite longueur protectrice de poils.

Pas de panique, toute femme n’est pas irritable de façon égale de la vulve et du vagin. Mais si vous ressentez de l’inconfort, explorer ces pistes et découvrir à quoi votre « down there » est « allergique » vous aidera à retrouver le confort vulvo-vaginal auquel vous avez droit.

Le tout, vous l’aurez compris, ce fait beaucoup plus facilement et efficacement avec l’aide et le support d’une physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne. Restez à l’affût, la vulve paisible (car non-agressée) bientôt disponible chez une physiothérapeute près de chez vous !